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Académie 2010 en vers

Nos étudiants sont des artistes. Voici quelques joli vers de Claude Tappero d’après la Légende de la Nonne de Victor Hugo, mise en musique par Georges Brassens, que les anciens de l'Académie se plairont à retrouver :

On sait que dans la ville de Digne,

Chaque année au milieu de l’été,

Les professeurs les plus insignes

Ont rendez-vous à l’IUT.

Que personne ne se tracasse,

C’est sûr on va se régaler.

Ami, c’est de l’hébreu, potasse !

Ou Emmanuel va râler.

Les élèves avec leur cartable

Se retrouvent tous les matins

Pour traduire, chose impensable,

Des textes grecs ou du latin.

Dans le grand amphi ils s’entassent,

Les cours vont bientôt commencer.

Ami, c’est de l’hébreu, potasse !

Sinon Axel va te tancer.

Ils viennent de tous les coins de France,

Quelques uns même de l’étranger.

Un manuscrit les met en transe,

La grammaire les fait gamberger.

Même si c’est dur il faut faire face

Et ne pas se décourager.

Ami, c’est de l’hébreu, potasse !

Sinon Frédéric va rager.

Avouez que l’après-midi  i

La chaleur et la digestion

Viennent à bout des plus hardi is

On arrive à saturation.

Et par moment, quoi que l’on fasse,

L’envie vous gagne de roupiller

Ami, c’est de l’hébreu, potasse !

Sinon tu vas te faire houspiller.

Moi, j’ai choisi l’ougaritique

Pour ne pas me lever trop tôt.

La formule B c’est bien pratique,

De plus, le prof c’est Cassuto.

Il nous explique sa méthode,

Ras Shamra et son alphabet.

Oula ce n’est pas si commode

De s’y retrouver dans ce chantier.

Déchiffrer le cunéiforme,

Ce n’est pas toujours rigolo ;

Heureusement qu’EdouardDhorme,

Bauer et aussi Virolleaud

Ont trouvé la clef qui nous ouvre

L’accès à ce monde inconnu.

Ami, viens avec nous, découvre

Un langage encore méconnu.

Nos traductions parfois divergent

D’avec la version de Caquot.

On n’est pas sorti de l’auberge,

Le nez plongé dans le dico.

Même Philippe reste perplexe :

Que d’hypothèses farfelues !

Ami, ne fais pas de complexe !

Tu n’as peut-être pas tort non plus.

C’est que dans cette langue antique

On est toujours un peu dans le flou.

Les voyelles sont hypothétiques

Le scribe se trompe parfois de clou.

Si tout cela nous embarrasse

Bordreuil est là pour nous sauver.

Si la syntaxe nous terrasse,

Philippe vient nous relever.

Cette vieille littérature

N’a rien d’austère ni de lassant.

Carnages, meurtres et forfaitures

Font couler des fleuves de sang.

L’inceste et la pornographie

Etaient là il y a trois mille ans.

Ami, la paléographie,

Qu’on se le dise, c’est excitant.

Au réveil, si je me sens patraque,

Je pense à ceux qui vont trimer,

Qui s’usent les yeux sur du syriaque

Ou grimpent à l’Echelle de Mahomet.

Ça me redonne du courage

Pour m’occuper d’Anat et de Baal,

Et à chaque nouvelle page

J’affine le système verbal.

Après dix jours d’efforts intenses

Les stagiaires sont lessivés.

Mais grâce à ce labeur immense

Ils sont fiers d’y être arrivés.

Egyptien, copte, langues sémitiques,

Hittite, pour eux n’ont plus de secret.

C’est de l’hébreu, pas de panique !

A l’Académie c’est le pied !

Déjà nos cours de langues anciennes

Sont sur le point de s’achever.

Avant de fermer les persiennes

Il est encore temps de lever

Son verre à la beauté de la Science,

Aux professeurs et aux amis.

Mon Dieu, que nous avons de la chance

D’avoir connu l’Académie !